Je ne sais pas écrire, je n'ai aucun style,je suis un pur produit de l'école républicaine , j'ai 43 ans et je vais vous raconter l'histoire de mes premières fois pédagogiques...
Comme toutes les premières fois ... on ne comprend pas .. .. on analyse bien plus tard ce qui nous est arrivé à l'instant "T" ..
Voici en quelques images racontées mais pas du tout déformées .. le début de ma longue carrière dans l'éducation nationale...
mer
11
jan
2012
Lundi 9 octobre 1991 11 heures. Bureau de l’inspection académique Marseille :
Comment se passe la nomination des jeunes enseignants ? Un grand moment de solitude.
On vous reçoit dans un bureau spacieux, tout autour de vous que des gens avec un sourire de premier de la classe et moi.
Une dame comme à l’école fait l’appel et chacun à son tour nous nous présentons .C’est une coutume dans l’éducation nationale, chaque année, chaque formation, chaque moment on doit se présenter et faire le tour de table même si on se connait, ce n’est pas grave ca permet de tuer le temps et ca fait cinq minutes de gagner.Et cela rappel les groupes des alcooliques anonymes.
Enfin mon tour, je me présente « bonjour je m’appelle jean-Michel LAVALLARD, j’ai eu un bac D et une licence de Géographie «. Bon vous allez me dire tout le monde s’en fout mais c’est la règle, on doit se présenter.
Lorsque vient mon tour la responsable du groupe d’une vois haut perché dit « Monsieur Lavallard nous avons le plaisir de vous affecter pour votre premier poste dans un CP adaptation, toutes nos félicitations et bienvenue dans l’éducation nationale ».
Je souris, heureux d’appartenir à cette belle institution. Il me faut bien cinq minutes pour enlever ce sourire béat de mes lèvres et froncer les sourcils et penser à ce mot qu’elle a prononcé « a-dap-ta-tion ». Je tique, je réfléchis … je m’inquiète en me posant la question « Qu’est ce donc que ce CP a-dap-ta-tion », première sueur (et pas la dernière)
Par timidité et par peur de poser une question idiote (oui c’est comme cela que l’on reconnait les enseignants débutants, ils n’osent pas poser de questions, et après on les reconnait parce qu’ils posent toujours des questions insupportables), j’attends que tout le monde sorte de la salle de réunion et cela dure et dure car chacun y va de son commentaire et moi je n’ose avancer. Je vais d’un pas hésitant et très timide vers madame la voix (je ne sais plus son nom mais elle m’a marqué celle-là, pas belle, brushing et petit gilet sur les épaules, un autre signe distinctifs de la famille Maif) et je pose la question qui me taraude depuis ma nomination.
« Excusez moi, avec le doigt en l’air d’un élève apeuré, vous pouvez m’expliquer ce qu’est le CP adaptation «
- « bien sur c’est simple c’est un Cp mais adapté. Il faut que vous différencier votre pédagogie et les apprentissages en conséquence. Je ne vous retiens pas et vous souhaite une belle carrière »
- Super , elle a répondu, et je n’ai rien compris ,en plus elle me rajoute trois mots barbares qui n’ont aucun sens pour moi « différencié » , « pédagogie », « apprentissage » mais je ne veux pas passé pour un inculte primaire alors je souris béatement ( c’est comme cela que j’ai appris à maîtriser trois sourires différents .. le sourire qui dit oui mais je ne comprends et cela ne se voit pas – le sourire acquiesçant qui exprime le tout-à fait mon cher mais je fais ce que je veux et le sourire approbateur et réjouissant d’une bonne nouvelle jamais utilisé celui-ci dans le cadre professionnel)
- -« Merci madame, et quand est ce que je commence ? » demandais- je sans montrer mon étonnement.
- « Cet après midi « me répondit-elle en me tournant le dos et partant d’un pas vif vers son bureau pour aller martyriser un autre groupe de jeunes enseignants.
Première sueur, premier mots incompréhensibles qui va être suivi de beaucoup de mots dont le sens m’échappe encore mais que j’utilise pour faire intelligent.
J’ai ma nomination, un bout de papier carbone. J’ai mon poste d’affectation, une adresse sur un bout de papier. J’ai une heure de présentation à l’école. Je n’ai pas de cours préparé, je n’ai pas de voiture. Je n’ai pas de plan .Reflexe oblige à ce moment-là
« Allo Maman, je suis nommé! »
lun
02
jan
2012
Bref j’ai passé le concours d’instit ...
Entre nous, quand j’ai passé le concours, c’était en septembre 1991 ... une éternité...
Pas de téléphone mobile, pas d'internet, pas de portable, juste le minitel.
nous étions 950 candidats pour 900 places. Si je ne l’avais pas eu j’aurai appartenu aux 50 bourrins recalés. La honte.
Bref un concours énorme pour moi, on m’a demandé :
De chanter!
Je ne sais pas chanter!
De jouer un instrument de musique!
J’ai joué "au claire de la lune" avec mon pipo de quand j’avais 11 ans … un grand moment de solitude face au jury et une incompréhension du jury devant ma flute enchantée :j’ai eu 3 / 20.J’aurai pu appartenir au zapping de la nouvelle star.
On m’a demandé de raconter mon expérience face aux enfants dans un cadre d’animation … ben j’ai menti … je n’ai jamais vu d’enfants à part mes cousins et j’ai tout inventé … entraineur de football le mercredi et de tennis le samedi. Pff j’ai été génial ils m’ont cru 15 /20
On m’a demandé de nager … enfin je suis à l’aise je nage comme un poisson. Le candidat avant moi ne sait pas nager. Pas grave on lui met une bouée pour ne pas être éliminé, il plonge. Il se noie… je plonge … je le repêche … j’ai eu 20/20 … je m’embrasse je me trouve très fort.
On m’a demandé de dessiner… je me suis trouvé génial. Œuvre du cubisme, style crayonnage noir et blanc, trois heures sur une feuille blanche, je ressors heureux, lessivé et fier … 5 / 20 le jury n’a pas aimé ma production. Comprends pas !
Français … j’ai révisé en jouant au tennis, en fait je n’ai pas révisé … j’ai eu 8/20 je n’ai pas compris les questions …
Maths je me rattrape …. 12/20 je crie au génie
Histoire …. C’est ma matière j’excelle 18/20 … j’en pleure
15 jours après. Je vois mon nom sur la liste... ma mère pleure, mon père pleure... moi je comprends pas … je pleure …. J’ai 23 ans …. Je suis enseignant
Bref un grand concours pour de grand résultat... Je m’aime… je finis 850 éme. ouf! je ne suis pas un bourricot, juste un nouvel enseignant